Temps partiels subis, inégalités salariales, vision passéiste de la santé des femmes réduite à la reproduction… Malgré l’urgence du terrain et les alertes répétées de la FSU, l’administration a refusé de doter le nouvel accord Égalité de droits réels et protecteurs. Une occasion manquée qui démontre, une fois de plus, que l’égalité ne se décrète pas sans volonté politique ni moyens financiers.

Derrière l’affichage, l’administration refuse de créer de nouveaux droits
La réalité de nos écoles et de nos établissements a la dent dure. Aujourd’hui encore, les chiffres parlent d’eux-mêmes : 2,3 % des femmes AESH sont à temps plein, contre 3,8 % des hommes. Seules 10,9 % des femmes PE ont accédé à la classe exceptionnelle, contre 16,3 % des hommes. Et à peine 1,2 % des femmes enseignantes du premier degré sont directrices totalement déchargées, contre 4,1 % de leurs collègues masculins.
Face à ce constat d’inégalité structurelle, le nouvel accord de la Fonction publique était censé changer la donne. Pourtant, malgré dix-huit mois de discussions et des dizaines de réunions, le compte n’y est absolument pas.
Le simulacre du dialogue social : un choix politique
Soyons clairs : la faiblesse de ce texte n’est pas un échec des organisations syndicales. La FSU a fait son travail. Elle a proposé, amendé, écrit, alerté sans relâche. Ce qui a fait défaut, c’est la volonté politique de l’administration de véritablement négocier.
Trop souvent, la démarche patronale a consisté à conduire les représentant·es des personnels vers une signature à tout prix, plutôt qu’à faire évoluer le texte pour améliorer concrètement le quotidien des agentes. Réunir les syndicats une vingtaine de fois pour leur expliquer pourquoi leurs revendications ne peuvent pas être retenues, ce n’est pas négocier : c’est une provocation. Le refus de créer des droits est un choix politique assumé par l’employeur.
Des incitations sans moyens plutôt que des droits opposables
À la lecture du texte, la logique de l’administration saute aux yeux : on encourage, on incite, on expérimente, on sensibilise. Mais où sont les droits nouveaux, opposables, dotés de moyens réels ? Ils sont quasi inexistants.
Sur les rémunérations, c’est le vide absolu. Dans un accord dont l’objectif premier est de combattre les inégalités, rien n’est mis sur la table, et les AESH, profession ultra-féminisée et maintenue dans la précarité, en sont les grandes oubliées. Pire, la DGAFP tente de faire passer l’existant pour de la nouveauté. L’entretien de parentalité, les formations, le DUERP, les bilans : tout cela existait déjà. Réécrire ce qui n’est de toute façon pas appliqué sur le terrain ne crée pas un droit. Sans moyens ni contraintes de contrôle, ces mesures resteront lettre morte.
Santé des femmes : de l’insuffisance au recul idéologique
La question de la santé illustre parfaitement les contradictions et les limites de cet accord. Comment prétendre négocier sur l’égalité tout en maintenant la perte de 10 % de salaire en congé maladie ordinaire — y compris pour les femmes enceintes — et en restreignant l’accès au temps partiel thérapeutique ?
Certaines avancées portées par la FSU, comme les Autorisations Spéciales d’Absence (ASA) pour les victimes de violences intrafamiliales, ont bien été actées. Mais avec quelles garanties ? L’administration répond par un flou inacceptable : “autant que de besoin”. Au vu de la gestion arbitraire des ASA sur le terrain, il y a de quoi s’inquiéter.
Plus grave encore : le traitement des pathologies hormonales. Nous portons l’exigence d’un droit à l’absence, sans perte de salaire, quand l’état de santé le nécessite (règles incapacitantes, endométriose, ménopause, etc.). À l’arrivée, l’administration transforme cette revendication en une expérimentation sur la « santé reproductive ». Les mots ont un sens : en réduisant la santé des femmes à la seule reproduction, l’administration nous ramène, une fois de plus, à nos utérus.
Ce que nous exigeons, c’est un droit protecteur pérenne pour la santé de toutes, et non un dispositif expérimental au bon vouloir de l’employeur.
Ne pas se tromper de responsabilité
Après un an et demi de discussions, cet accord ne crée pas suffisamment de droits nouveaux pour changer concrètement la vie et la carrière des agentes. L’administration tentera sans doute de faire porter la responsabilité d’un échec éventuel sur l’intransigeance des syndicats. Ne laissons pas inverser les rôles. Si le texte reste aussi faible, la responsabilité incombe entièrement à un employeur qui avait l’opportunité de créer des droits protecteurs et émancipateurs, et qui a délibérément choisi de ne pas le faire.
Pour aller plus loin :
Ce refus de créer de véritables droits s’inscrit dans une politique plus globale de l’administration, experte en promesses non financées. Retrouvez notre analyse sur ce grand écart dans notre article : Droits des femmes : des discours, mais pas de budget !

